• Le COVID, sujet n°1 de la saison

    Zoanne Clack, un médecin qui fait partie des scénaristes de Grey’s depuis le début, a discuté avec The Hollywood Reporter de la façon dont le COVID-19 allait être le sujet principal de la saison.

    Grey's Anatomy, la plus ancienne série médicale diffusé en prime time à la télévision, consacre sa 17e saison aux professionnels de la santé qui luttent en première ligne contre la pandémie de coronavirus. Elle n'hésite pas non plus à décrire avec précision toutes les facettes de l'impact de la maladie sur le personnel soignant, les patients et leurs familles. Depuis le retour de Grey’s à la mi-novembre, de nombreux articles de presse ont mis l'accent sur le retour surprenant de l'ancien acteur principal Patrick Dempsey, dont le personnage a été tué de manière choquante lors de la 11e saison. Mais pour Zoanne Clack, médecin, scénariste et productrice exécutive qui travaille pour Grey's depuis le pilote – elle est chargée de superviser les storylines médicales – le COVID-19 est la véritable vedette de la saison.

    Dans cette interview, elle explique comment Grey's Anatomy va décrire avec précision de quelle façon la pandémie affecte les professionnels de la santé, ainsi que les raisons pour lesquelles la série ne fera pas de la pandémie (ou du port de masque) un sujet politique, et ce qu’elle espère concernant ce que le public peut retirer de la description exacte de l'histoire à l'écran.

    Krista Vernoff a déclaré qu'au départ, elle trouvait que Grey's ne devait pas aborder le COVID. En tant que médecin et scénariste de la série, pourquoi avez-vous estimé qu'il était important que celle-ci ne se contente pas de dépeindre la pandémie, mais qu'elle le fasse aussi précisément que possible ?
    On était vraiment préoccupé par la lassitude du public face à la pandémie : vivre au jour le jour avec des informations sur le COVID et les voir dans une série télévisée était une barrière difficile à franchir. Mais le fait de parler avec des professionnels de la santé qui étaient en première ligne nous a poussés sur notre voie actuelle. Dans le cadre de notre série, j'ai lancé un programme appelé "Medical Communications Fellowship" qui permet aux résidents en chirurgie de passer trois à six mois avec les scénaristes pendant les années de recherche de leur résidence. Cela a permis à certains d'entre eux de rester en tant que consultants et il y a toujours des résidents en activité parmi nous. Ces médecins, en plus de certains de nos consultants qui ont fait leurs preuves et auxquels on s’adresse pour obtenir des conseils et des avis d'experts pour chaque épisode, ont fait pression sur nous pour que nous prenions conscience de la globalité des effets que la maladie a et continuera d'avoir sur notre système médical. Nous avons également parlé à un certain nombre d'autres médecins une fois que nous avons décidé d'aller dans cette direction et nous avons eu le sentiment que leurs histoires devaient être racontées.
    Cette pandémie est la plus grande histoire médicale de notre temps et devrait changer définitivement la façon dont on pratique la médecine et dont on regarde le monde. En tant que série médicale qui se concentre sur la vie professionnelle et privée des médecins et qui est très fière d'être la voix des sans-voix et qui comprend cette responsabilité, nous nous sommes sentis obligés de raconter les histoires de solitude, de peur et de bravoure que vivent les professionnels de la santé et les patients. Bien sûr, on a craint que les gens ne veuillent pas revivre la misère du COVID, mais je pense qu’on a trouvé un bel équilibre en gardant l’atmosphère de Grey’s dans les épisodes. Il n’est pas question du COVID tout le temps, mais c’est toujours la toile de fond. Comme j'ai entendu des gens le dire, le COVID est le numéro 1 sur la feuille de route. Je crois aussi que le fait de vivre la pandémie avec ces personnages, que les gens aiment beaucoup - ou aiment détester - donne au public l'impression de la vivre avec des amis, ce qui me fait penser que le sentiment est plus profond, et pas seulement une répétition du rouleau constant de statistiques et de taux de mortalité. Le public voit de vraies histoires jouées par de vraies personnes auxquelles il peut s'identifier, et le fait de lui amener ces histoires et de sentir qu’on est tous dans le même bateau peut être vraiment réconfortant.

    Avec deux épisodes, la série n'a pas fait de la pandémie ni du port du masque un sujet politique. Alors que la communauté médicale continue de publier des vidéos encourageant des choses comme la distanciation sociale et le port du masque, est-ce une direction que Grey's va prendre ?
    On ne fera jamais un sujet politique du COVID, car cela n'aurait jamais dû être fait en premier lieu. On ne parle que de la science et des faits, pas des conjectures. On tire nos informations des expériences de première main, des revues médicales et des experts. On va toujours s’inspirer du port de masque et de la distanciation sociale, même lorsqu’on ne dit pas directement les mots. Il y a une théorie en matière de santé publique qui, selon moi, valide mon existence en tant que scénariste plutôt que médecin de première ligne, et c'est la théorie de l'apprentissage social de Bandura. Cela dit en gros que beaucoup de comportements humains s'apprennent par l'observation grâce à la modélisation, surtout lorsque celle-ci est faite par des personnes/personnages bien-aimés auxquels l'apprenant - ou dans notre cas, le public - est particulièrement attaché. Dans le cas de Grey's Anatomy, les gens ont grandi avec ces personnages - certains ont littéralement grandi avec eux pendant 17 saisons ! - et les actions de ces personnages peuvent avoir un grand impact. On ne remet jamais en question la validité du COVID. Chaque personnage, comme la profession médicale, le prend comme un fait, et on espère que le public le fera aussi et qu'il suivra cette expérience avec nous. Et oui, il y aura des moments où on dira carrément que les gens doivent porter leur masque ou rester à un mètre de distance - c'était le cas dans les premiers épisodes - mais on essaie de faire en sorte que cela s'intègre aussi facilement dans les histoires que la médecine l’a toujours été ; cela ne doit jamais vous faire sortir de l'histoire racontée. Se laver les mains et les désinfecter est aussi un grand moment de la saison. Il devrait y avoir un jeu de bingo où vous pouvez marquer chaque fois qu'un personnage utilise du désinfectant ou se lave les mains pendant qu'il dit ses répliques ou qu'il entre et sort des scènes.

    Vous avez tweeté que le taux d'infection dans Grey’s est similaire à celui du monde réel à l'époque. Sur quoi avez-vous spécifiquement insisté pour décrire l'impact de la pandémie sur le personnel soignant dans un hôpital ?
    On a essayé de trouver un équilibre entre le taux de contamination de nos personnages et le taux de contamination des professionnels de la santé. J'ai écrit ce tweet après avoir appris que Koracick (joué par Greg Germann) avait été testé positif au COVID. Cette histoire a eu un double impact : d'abord, les gens peuvent n’avoir aucun symptôme et propager la maladie sans le savoir ; ensuite, les professionnels de la santé travaillent dur tous les jours et sont exposés - surtout que c'était notre deuxième personnage à contracter la maladie. Cela montre que tout le monde peut l'attraper et que ça se propage facilement. Notre décision de commencer notre histoire juste un peu après le début de la pandémie en Amérique était sage, car on n’a jamais eu à nous soucier d'être en avance sur la réalité. On base les actions de nos personnages sur ce qui était connu au départ, et on reçoit plus d'informations qu’on intègre dans la série au fur et à mesure que le monde a intégrées dans la pratique. Heureusement, on dispose maintenant de beaucoup plus de traitements et le taux de mortalité diminue, mais malheureusement, les taux de positivité continuent d'augmenter de manière exponentielle. D’un point de vue historique, les gens pourront regarder cette saison de Grey's et voir l'histoire de la médecine se dérouler.

    Les docteurs portent tous ces grands masques qui ressemblent presque à des casques, avec des tubes dans le dos. S'agit-il d'une invention de la série conçue pour voir le visage des acteurs ou s'agit-il de masques de travail utilisés dans les hôpitaux pour lutter contre la pandémie ?
    Ces casques sont réels, ce sont des "PAPR" - mais bien sûr nous voulions voir leurs visages autant que possible ! "PAPR" signifie Powered Air Purifying Respirator (respirateur à purification d'air). Dans le monde réel, ils sont utilisés lorsque des personnes sont susceptibles d'être exposées à des pathogènes aériens et c’est pratique car ils n'ont pas besoin d'être "testés" comme un masque N95. Je trouvais qu'ils s'embuaient parfois au début, mais j'ai demandé à un responsable de la production et il m'a répondu que cela ne posait jamais de problème, probablement parce qu'ils permettent à l'air d'entrer et de sortir. Mais on a dû faire beaucoup de recherches sur la façon de les éclairer correctement pour éviter l'éblouissement et on a fini par trouver une sorte de matériau anti-éblouissement qui a été installé à l'intérieur.

    En deux épisodes, on voit la douleur de la pandémie racontée par deux médecins contaminés, Meredith et Tom, avec la première qui est aux portes de la mort et qui a des visions, et l'autre qui est asymptomatique. Pourquoi est-ce important de présenter les deux cas extrêmes ?
    Cela remonte à la façon dont notre connaissance du COVID s'accroît chaque jour. Nouveaux symptômes, absence de symptômes, propagation asymptomatique, moins de propagation à partir des surfaces... ce sont des choses qu’on a apprises au fur et à mesure et nos médecins dans la série ne font qu'apprendre. Comme les tests étaient - et sont toujours dans certaines régions - très peu disponibles au début, on n’a pas réalisé que les gens pouvaient être asymptomatiques mais positifs et propager la maladie. Tom Koracick dit même "je ne suis pas symptomatique" quand on lui dit de rentrer chez lui et de se mettre en quarantaine. Au fil des épisodes, nos médecins verront toutes les complications, ou du moins un très grand nombre, du COVID, car avec la science, on a appris qu'il s'agit d'une maladie vasculaire qui attaque les vaisseaux sanguins, et les conséquences qui en découlent. On verra des personnes qui se rétablissent, des personnes qui meurent, des personnes qui présentent des symptômes légers, des personnes qui souffrent d'une manière ou d'une autre du syndrome post-COVID - tout le spectre. D'une part, c'est une maladie très compliquée, surtout parce qu'elle est récente et inédite et qu’on essaie encore de la comprendre. D'autre part, c'est un virus. Il se propage comme un virus. Une fois qu’on en apprend plus, on l’intègre davantage, on apprend à vivre avec et à mieux la signer, et cette expérience sera reflété dans la série.

    Une grande partie des titres de presse se concentre sur le retour de Patrick Dempsey. Dans quelle mesure les visions de Meredith à propos de Derek sont-elles inspirées par ce que vivent les malades du COVID - c'est-à-dire qu'ils ont des visions, des rêves viscéraux ?
    D'après le peu de recherches que j'ai faites sur les "rêves viscéraux", il semble qu'ils soient le fait de personnes qui sont confrontées à cette pandémie, qu'elles aient le COVID ou pas. On a en fait commencé au début de la saison à parler de différents personnages ayant des rêves de très vivants et très surréalistes, à cause du COVID, dans chaque épisode, mais cela a évolué vers ce que vous voyez à l’antenne. Les rêves COVID de Mer ressemblent davantage à son expérience dans la troisième saison, où elle est entre la vie et la mort. Et c'est une chance d'apporter un peu de joie dans l'abîme qu'est le COVID et c'est ça, 2020. J'ai adoré la façon dont les gens sur Twitter ont dit que Grey’s avait sauvé l'année 2020 pour eux. Un de nos scénaristes a dit qu’on avait fait America Grey's Again.

    Cette saison a commencé en avril et continue de refléter les premiers jours de la pandémie. Le nombre de médecins dont le test est positif au COVID continuera-t-il à être représenté par les taux de contamination que connaissent les hôpitaux ?
    Oui, on va essayer de refléter la réalité de ce qui se passe dans le monde réel. Grey's Anatomy fait savoir aux gens qu’on vit tous ensemble et que personne n'est seul, même si la situation peut paraître isoler les gens.

    D'un point de vue créatif, la saison aura-t-elle toujours quelques mois de retard par rapport à la pandémie ? Comment envisagez-vous de terminer une saison compte tenu de l'incertitude entourant la hausse des cas de COVID et des pourcentages d'hospitalisation et de l'évolution des informations sur les vaccins ?
    Franchement, la saison évolue de jour en jour. Certains jours, on pense que la saison s'étendra sur deux semaines, d'autres jours, on se dit qu’on va rattraper le temps perdu. On se contente de se laisser guider par les histoires. Le vaccin semble si prometteur qu'il y aura peut-être un moyen de l'intégrer dans une prochaine storyline, même si on n’a pas encore discuté de cette possibilité ni de la façon dont on aborderait ce sujet, si tant est que c’en soit un.

    En étudiant l'impact de la pandémie sur les hôpitaux, qu'avez-vous découvert de plus frappant ?
    Oh, tellement de choses ! En parlant avec les personnes qui sont en première ligne, on a appris comment cette pandémie change fondamentalement et peut-être de façon permanente la médecine. L'utilisation de masques dans les hôpitaux peut devenir permanente parce qu'ils ont remarqué que d'autres taux d'infection - qui se propageaient historiquement dans les hôpitaux - ont diminué. Les progrès de la médecine en ligne ont peut-être permis d'élargir l'accès aux soins à long terme. Les moyens créatifs dont les gens disposaient pour travailler ensemble à l'expansion des ressources hospitalières ont conduit à l'utilisation des cafétérias et des salles d'opération pour les soins aux patients COVID, même après qu’on ait été si peu préparé à une telle catastrophe. Et le fait de voir, de lire et de parler avec les gens nous a montré la force et la résilience de l'humanité, en particulier des professionnels de la santé qui ont travaillé sans relâche pendant cette pandémie et qui en ont subi une pression mentale et physique insondable.

    La série décrit également l'impact émotionnel sur les médecins qui perdent un nombre infernal de patients avec le personnage de Maggie. Dans quelle mesure son parcours est-il conforme à celui des autres médecins avec lesquels vous avez parlé ?
    Conforme à 100%. On décrit l'impact émotionnel avec la plupart des personnages d'une manière ou d'une autre. Pendant nos recherches pré-écriture, on a regardé beaucoup de vidéo de médecins et lu d'innombrables articles sur ce qu'ils vivent. On a également parlé à de nombreux médecins, et on a tenu à parler à de nombreux médecins de couleur car, comme vous le savez, le COVID frappe de manière disproportionnée les communautés marginalisées. On s’est plongé dans cet aspect du problème et dans toute la rage et la tristesse qui entourent ce fait, et c'est en grande partie ce que Maggie dépeint. Mais je dirais que Meredith a aussi eu son moment de désespoir avant de tomber malade, et le public peut voir la tension de la pénurie d’équipements de protection avec Koracick qui frappe des boîtes avec un club de golf... Ils le ressentent tous.

    Il y a aussi le chagrin de devoir regarder des patients mourir seuls car les membres de leur famille ne sont pas autorisés à leur rendre visite. Qu'avez-vous entendu de la part des professionnels de la santé sur l'impact de cet aspect particulièrement dévastateur de la pandémie sur les patients et leurs familles ?
    C'est l'un des points les plus importants qui ont été évoqués dans la plupart de nos consultations. Le fait que tant de personnes meurent seules. De nombreux médecins ont essayé et essaient encore de faire des concessions et de faire venir la famille pour qu’ils puissent voir leur proche s'il est sur le point de mourir. J'ai eu droit à cette gentille attention quand ma propre mère a été à l'hôpital ç cause du COVID. Les médecins ont fait en sorte que je puisse la voir et être avec elle pendant un bref moment, alors qu'ils pensaient que c'était peut-être son dernier jour. Ma mère a fini par survivre à la maladie, mais c'était après avoir passé de nombreuses semaines à l'hôpital. Mais même avec cette visite, je n'aurais pas pu être là au moment où elle aurait rendu son dernier souffle si cela avait été le cas. J'ai eu droit à une visite d'une heure, puis j'ai attendu l'appel qui, heureusement, n'est pas arrivé. La solitude est partout, les patients qui meurent seuls, les professionnels de la santé qui ne voient pas leur famille pendant des jours ou parfois des semaines, ceux qui doivent être mis en quarantaine s'ils sont positifs. Les gens se tiennent à 1,5m de distance et évitent les étreintes, les baisers amicaux sur les joues ou même les poignées de main. Cette maladie isole les personnes et elle est effrayante. source


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