• Shonda Rhimes et Betsy Beers parlent de Grey's

    Lorsque Grey's Anatomy a été diffusé pour la première fois, en mars 2005, Shonda Rhimes était une scénariste débutante, Netflix était un service de livraison de DVD par mail et ABC était en pleine mue avec Desperate Housewives et Lost. Maintenant, 14 saisons plus tard, Rhimes, 47 ans, a construit un empire avec notamment un contrat estimé à 100 millions de dollars pour créer des séries originales pour Netflix et une soirée complète sur ABC - "Thanks God It's Thursday » - avec un second spinoff de Greys (Le premier, Private Practice, a duré six saisons) qui va débuter en 2018. "Shonda et l'équipe ont fait un travail fantastique pour faire en sorte que les histoires et les personnages restent innovants en renouvelant le cast au fil des ans", a déclaré le président d'ABC Studios, Patrick Moran.

    Ce phénomène mondial de la culture pop (diffusé dans 220 territoires) est le numéro deux d'ABC (derrière The Good Doctor), avec 11,7 millions de téléspectateurs et une note de 3,2 chez les adultes de 18 à 49 ans - pas trop mal pour une série sur le point de voir son 300e épisode (diffusion le 9 novembre). "Les mères qui étaient enceintes pendant la première saison regardent maintenant la série avec leurs filles", explique la présidente d'ABC Entertainment, Channing Dungey, à propos du nouveau public qui découvre Grey's sur Netflix.

    Pour célébrer leur évènement marquant, Rhimes et son associée depuis longtemps, Betsy Beers, ont parlé avec THR des débuts de la série et de ce qu’elles comptent faire pour la suite.

    Si vous pouviez remonter le temps en sachant ce que vous savez maintenant, que feriez-vous différemment ?
    RHIMES J'aurais probablement eu de meilleurs contrats pour commencer. La série a fait environ 2 milliards de dollars ou à peu près, et ça, ce ne sont pas des chaussures à 2 milliards de dollars.
    BEERS Si nous avions su que ça allait se passer comme ça, nous aurions peut-être été plus agressives au début dans notre approche.
    RHIMES Nous serions toutes les deux sur une plage de Zanzibar. Non, on travaillerait probablement encore, c'est le problème. C’est à cause de tous les choix que nous avons faits que la série marche autant. Chaque fois que les internes apprenaient quelque chose, on apprenait quelque chose.
    BEERS Nous avons mûri toutes les deux ; Shonda a écrit des livres sur ses évolutions. On a vraiment mûri dans notre travail.
    RHIMES Et on a acquis plus d’assurance en nous.

    Plusieurs acteurs sont venus et ont disparu au fil des ans, de Patrick Dempsey à Sara Ramirez. Si vous pouviez ramener quelqu'un, pour qui voudriez-vous avoir une autre chance d'écrire ?
    RHIMES Je vais toujours dire Sandra Oh parce que pour moi, elle est la plus amusante pour qui écrire. Mais s’il s’avère que Kyle Chandler [qui a interprété le chef des démineurs en saison 2] n’a pas explosé, j'aimerais écrire pour lui.
    BEERS Denny [joué par Jeffrey Dean Morgan].

    Vous recevez beaucoup de réactions de la part des fans sur la façon dont les scénarios médicaux les ont aidés à poser un diagnostic pour eux-mêmes ou un membre de leur famille. Qu'est-ce qui se détache du reste ?
    RHIMES Ce qui est important, c'est leur nombre. Je ne peux pas croire que cette petite série que nous avons écrite et pensée et qui était très amusante au début s'est avéré être une chose qui a vraiment instruit les gens. Et le nombre de personnes qui sont allées à l'école de médecine parce qu'elles veulent ressembler à ces médecins est tout aussi incroyable.
    BEERS Quelqu'un que nous connaissions a réalisé qu'elle avait le cancer du sein en regardant la storyline de LaTanya Richardson. Le cas qui m’est resté dans la tête, c’est, il y a de nombreuses années, celui d’un enfant au Canada qui a sauvé ses parents en pratiquant la réanimation cardio-pulmonaire parce qu'il l'avait vue dans Grey’s.

    Quelle est la note la plus intéressante que vous ayez reçue du Département Normes et Pratiques (service de censure de la chaine) au fil des ans ?
    RHIMES Au cours de ces nombreuses saisons, ce que vous commencez à comprendre, c'est que ça ne concerne pas nécessairement ce qui s'est passé avant; ça concerne le contexte politique, parce que les choses avancent et reculent et avancent encore, et c'est toujours surprenant. A chaque fois qu’on a dit "vagin" dans la série, qu’on nous dise soudain, "Je ne sais pas si vous pouvez dire 'vagin' cette fois" c’est à mourir de rire, mais c’est aussi frustrant.

    Est-ce de là que vient le terme "vajayjay" ?
    RHIMES Il y a des années, oui. J'ai utilisé ce terme parce que c'était Bailey dans une situation personnelle. Mon principe, c’est toujours : ce sont des médecins formés pour être médecins ; ils ne vont pas utiliser un nom bizarre pour parler des parties intimes du corps. C'est terrible d'apprendre aux femmes qu'elles devraient utiliser des noms bizarres pour leurs parties intimes. Mais c'était drôle et ça a fonctionné à l’époque.

    Grey’s était sur le point de s'attaquer à l'avortement en saison 2 avec le personnage de Sandra Oh, qui a fini par avoir une grossesse extra-utérine à la place. Est-ce que c’est la chaine qui a reculé ?
    RHIMES J'avais prévu que Cristina allait avorter, et personne n'a dit que nous ne pouvions pas le faire. Ils ont dit, "Ça ne se fait pas très souvent et cela suscite parfois beaucoup de controverses." On n’était pas diffusé depuis longtemps, et je n'ai pas été assez courageuse pour simplement dire, "On s’en fout, on le fait." J’ai reculé. Je me souviens de Sandra qui disait, "Allez !" Des années plus tard, quand on l'a fait en saison huit, j'ai subi plus d'opposition que la première fois.

    Regrettez-vous de ne pas l’avoir fait en saison deux ?
    RHIMES Non. Nous ne connaissions pas assez bien les personnages. Ce que j'ai compris et aimé dans notre série, c'est que plus vous apprenez à connaître ces personnages, plus les choses sont fortes. Quand Cristina a choisi l'avortement, elle avait un brave homme à ses côtés, une belle carrière et elle disait très clairement qu'elle ne voulait pas avoir d'enfants. Il y a quelque chose qui ne va pas dans notre société, en ce sens qu'elle ne soutient pas le choix d'une femme de ne pas vouloir d'enfants. À la télévision, cela n'est jamais décrit comme : vous regardez une femme que vous respectez faire un choix qui semble être un choix vraiment fort et puissant que font beaucoup de femmes, et nous prétendons que personne ne le fait.

    BEERS Et c'est un moment incroyablement libérateur.

    Souhaitez-vous aborder un jour une question opportune, comme le débat sur les soins de santé universels ?
    RHIMES Nous avons fait les "gens qui n'ont pas d'assurance et que nous allons opérer de toute façon". Je ne sais pas ce que serait encore l'histoire universelle des soins de santé, alors il s'agirait de déterminer ce que c'est. Je n'aborde jamais rien en partant du problème, alors je ne peux pas vous dire que j'ai pensé aborder les soins de santé universels. Je devrais avoir une belle histoire à raconter, et alors les soins de santé universels feraient partie de la façon de raconter cette histoire.
    BEERS Des problèmes ont émergé des histoires et des personnages et des scénarios.
    RHIMES C'est la seule façon de raconter des histoires.

    Quelle est l'histoire du casting ou du pilote qui ressort encore ?
    RHIMES Isaiah Washington est venu pour le rôle de Derek Shepherd, et Patrick Dempsey était là. Et puis, Sandra est venue pour le rôle de Bailey. Je l'ai regardée et j'ai pensé qu'elle pouvait être Cristina, et tout le monde m’a dit "Quoi ? Elle est totalement différente de ce à quoi nous pensions que Cristina allait ressembler." Chandra Wilson est entrée, et elle n'était pas la Bailey que nous avions imaginée, mais la meilleure Bailey de tous les temps. Jim Pickens était la seule personne qui a passé l’audition pour le chef. Il y avait un million de types qui sont venus pour George, mais nous sommes tombés amoureux de T.R. Knight. Choisir les acteurs a été simple.
    BEERS Par rapport à la façon dont on choisit les acteurs pour un pilote maintenant, où il y a 4 milliards de séries télévisées et où vous massacrez des gens sur la route pour essayer d'avoir quelqu'un, c'était du gâteau, rétrospectivement.

    Quelle est l’influence d'Ellen Pompeo sur la série ?
    RHIMES Son opinion est très importante. Je lui ai dit que nous sommes sur le même bateau, et c'est important parce que ce n'est pas normal qu'elle soit une sorte de soldat dans un champ qui ne fait que recevoir des ordres. Elle a aussi de très belles idées intelligentes et des choix de personnage incroyables. Quand le personnage était ravagé par le chagrin [après la mort de son mari Derek], nous avons eu des conversations extraordinaires sur ce que cela signifiait et ce que le personnage ferait et comment elle s'en sortirait.

    Grey’s Anatomy existe-t-il sans Ellen ?
    RHIMES Pas tant que je suis concernée.

    Avez-vous discuté avec Ellen du temps pendant lequel elle aurait encore envie de rester dans la série?
    RHIMES Pas de commentaires.

    Comme vous êtes passé d’interne à chef, quel est le plus grand changement pour vous ?
    RHIMES C’est d'être passé du stade de deux enfants dans un magasin de bonbons au stade de leader. Beaucoup de gens pensent qu'ils sont des leaders simplement parce qu'ils ont été responsables de quelque chose, et ce n’est pas le cas.
    BEERS Le processus d'apprentissage est en quelque sorte un baptême de feu, car vous apprenez en cours de route. J'espère avoir plus de facilité à déterminer ce qui est vraiment un problème, car tout est un problème quand vous commencez. Ce qui est génial, c'est de pouvoir participer à une série aussi longtemps et de devenir un leader grâce à cela, cela vous aide à prioriser, et cette connaissance vous aide à mieux apprécier le travail.
    RHIMES Vous avez moins peur de prendre des décisions. C’est plus facile de regarder ce qui se passe et de repérer les erreurs. Avant, tout se ressemblait et on était terrifiée à l'idée qu’on allait marcher sur une mine avant de s’en rendre compte. J'ai toujours été terrifiée à l'idée que si je cessais de travailler, rien de tout cela ne marcherait. J'ai seulement commencé à penser que peut-être ça durerait vraiment en saison sept ou huit. Vous commencez à vous amuser et à être à l'aise et vous n'avez pas peur de prendre des décisions, et si la décision est mauvaise, alors vous n'avez pas peur de dédramatiser.

    Krista Vernoff est revenue en tant que co-showrunner cette saison. Pourquoi est-ce important qu’elle revienne ?
    RHIMES La seule façon dont j'allais pouvoir me permettre de prendre du recul était d'avoir dans Grey’s quelqu'un que je connaissais. Krista comprend mon sens de l'humour et elle peut écrire. Elle est aussi passionnée par la série qu'elle ne l'était en première année. J'avais besoin de quelqu'un dont je savais qu’elle allait faire très attention, et ce n'est pas une chose facile à trouver, surtout quand vous dites, "Je vais confier mon bébé à quelqu'un qui va s’en occuper". Je n'ai jamais pu le confier avant, donc je n’aurais pas été capable de le confier si je n'avais pas eu quelqu'un qui allait faire du très bon travail.

    Ben Sherwood a récemment déclaré que 2 millions de personnes par mois regardent le pilote de Grey’s sur Netflix. Comment les nouveaux téléspectateurs ont-ils aidé Grey à se maintenir au fil des ans ?
    RHIMES Ce qui est bien avec Netflix, c’est qu'il continue de créer de nouveaux publics pour nous. Nos fans peuvent donner naissance à nos fans. Grey’s a ce truc universel et international. Cela fonctionne partout dans le monde.
    BEERS La série a une qualité intemporelle. Les histoires sont émouvantes, les cas médicaux toujours pertinents. Rien n'est démodé parce que tout est basé sur de vraies émotions et sur les gens.

    De quelle façon l'accord avec Netflix aura-t-il un impact sur votre implication dans Grey's et le spinoff à l’avenir ?
    RHIMES Presque exactement comme maintenant, puisque nous sommes en plein milieu de l'affaire Netflix en ce moment.

    Vous avez écrit sur Shondaland.com, votre site, un essai sur "trop de changement" et sur le fait de mettre fin à Scandal quand vous le vouliez. Y a-t-il eu des moments où vous avez voulu mettre fin à Grey's ?
    RHIMES Oui. En saison deux, trois, quatre, cinq... c'était une série épuisante jusqu'à ce que j'attrape vraiment le coup de main pour faire 22 à 24 épisodes par saison. J'ai appris à écrire pour la télé en écrivant Grey's Anatomy. Il s'agissait d'apprendre à devenir un leader, être un patron, puis à faire deux séries à la fois [avec Private Practice], puis trois à la fois [avec Scandal]. Mais il était plutôt question de "Puis-je faire ça ?". C'est comme ça que j'ai découvert l'art de la réinvention: j'écrivais une fin de saison et je disais: "C'est fini, nous avons fini." Et puis, je devais trouver quelque chose d'autre. C'est devenu vraiment amusant.

    Les trois séries que vous avez créées (Grey's, Private Practice et Scandal) ont duré plus de 100 épisodes - vous êtes la première femme showrunner à accomplir cet exploit. Compte tenu des défis à surmonter dans une époque où il y a 500 séries, pensez-vous qu'il y aura encore d'autres showrunners avec trois séries de 100 épisodes ?
    RHIMES Je n'en ai aucune idée. Honnêtement, vous pouvez regarder les grandes chaines et dire que vous ne pouvez pas vraiment dire ce qui va arriver. Mais je l'espère.

    Avez-vous un but ultime concernant la fin de Grey’s Anatomy ? Est-ce quelque chose à laquelle vous pensez ?
    RHIMES Non, plus maintenant. Quand nous avons réalisé que Netflix réinjectait un tout nouveau public dans la série et que les audiences montaient et ne baissaient pas, c'est alors que j'ai dû être vraiment zen avec moi-même et dire "Que voulons-nous? Qu'est-ce que je ressens à ce sujet ?" Cela a été perturbant et étonnant de découvrir qu'on peut réinventer la série chaque année et qu'elle fonctionne toujours. J'ai entendu le président de Disney-ABC, Ben Sherwood, dire quelque chose sur le fait que Grey's continuerait pendant 40 ans comme General Hospital. Ce n'est pas le plan. Mais l'idée que nous allons continuer jusqu'à ce que nous ayons l'impression d'avoir terminé est géniale.

    Cette décision sera-t-elle finalement la vôtre ?
    RHIMES Oui. Je ne vois pas pourquoi ce ne serait pas moi qui déciderait de mettre fin à Grey's. Qui fermerait la chocolaterie si ce n'est moi ? source


  • Commentaires

    1
    lili83
    Jeudi 9 Novembre à 14:46

    Un grand merci pour les traductions car c est un sacre travail merci Boa.

     

     

    2
    Steph
    Jeudi 9 Novembre à 20:20
    Oui c'est vrai il faut te remercier pour tout le boulot que tu accomplie en ce moment tu chaume pas encore merci.
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